Une visite du stand Citroën au 46 ème salon de l'automobile, par le Docteur Danche

(photos Citroën Communication)

Nous sommes en Octobre 1959.

Bienvenue à vous pour cette visite guidée du salon de l'auto 1959, où seront présentées les voitures de l'année-modèle 60.

 

 

I/ Le salon

Le Grand Palais nous accueille.

Sa nef est un écrin incomparable pour ce genre d'événement, mais un peu petit.

C'est pourquoi en 1962, dans trois ans, le salon émigrera Porte de Versailles.

 

Le dépliant entre vos mains vous montre que Citroën s'est réservé une place de choix, tout au fond, près des grands escaliers.

Juste en face de la Régie Renault placée en symétrie parfaite.

Qui a dit esprit de compétition?

 

 


Ah mais vous n'êtes pas le seul visiteur vous savez. Merci de patienter un instant, je vois quelqu'un d'autre à accueillir.

Au nom de Citroën, je vous souhaite la bienvenue, Mongénéral!

Pour de Gaulle en tant que Président de la République, ce 46ème salon de l'auto à Paris est le premier d'une série de 10.

(Le 45ème -Oct 1958-, c'était Coty.
Le 56ème -Oct 1969- sera pour Pompidou devenu Président)

Pour être tout à fait exact, il y a une interruption d'un an dans la série de 10 du Général: le 51ème salon d'Octobre 1964 sera inauguré par Georges Pompidou: le Général, remis de sa récente ablation de la prostate, était à cette époque en Amérique du sud.

 

 

 

 



Bien, je vous prie de m'excuser pour cette interruption, revenons à votre visite.

Par quoi commençons-nous?
Ma foi... pourquoi pas par cette maquette du stand Citroën?

Beau document de scénographie, n'est-ce pas?

A gauche, on y voit un stand isolé revenant sur la victoire au Monte-Carlo de Janvier 59, événement déjà évoqué ici.

Au milieu on reconnait les escaliers du Grand Palais qui rythment le stand du fait de sa localisation.

Les rectangles noir et gris clair sont l'emplacement des 11 voitures qui seront présentées.

 

 

Par ailleurs, un élément clé dans la décoration artistique du stand 59, ce sont ces portières accompagnées de mannequins portant des robes taillées par Jacques Esterel dans le tissu des sièges de DS.


Mais si, mais si, ça vous rappelle forcément quelque chose.

 

Des photos du vrai stand du salon nous font prendre conscience d'une finesse: en réalité, on a abandonné l'idée initiale des mannequins de la maquette, et on a composé des sortes d'épouvantails: robes en helanca ou Rhovyline... et en guise de tête, des morceaux de mécanique!

Un collecteur, une sphère, un volant... Un vrai défilé de martiens!

Sur le côté, un texte nous éclaire sur le propos de l'exposition: "la combinaison des différentes teintes de la caisse et des tissus permet plus de 175 jeux de couleur. Robes de Jacques Estérel".

 

Cette vue de certains autres épouvantails (aux monstrueuses têtes d'engrenages, de ventilateur, d'étriers de freins..) nous montre également, à l'avant-scène, une oeuvre qui n'était pas signalée au stade de la maquette, et dont on dirait aujourd'hui que c'est une "installation".

Mobile à la Calder? Sculpture fixe? Difficile à dire sur cette vue.

En tout cas, émergeant du chaos, une aile arrière droite de DS pointe vers le zénith.

On comprend l'insistance du marketing sur l'aile: le salon présente les modèles 60, donc les premières ailes longues sur ID/DS berlines.

Par contre, paradoxalement, le mobile n'a pas de cendrier sur l'aile avant présentée, dont c'est pourtant l'apparition (sur DS et non ID) cette année-là.

 

Voici une vue plus générale de l'objet d'art.

Je relève que le public lui tourne résolument le dos. Eh: il faut quand même dire qu'on est au salon de la bagnole, hein, pas à la biennale de Paris

(j'adore la tronche que fait Malraux sur la video muette en lien externe, sur le mode "....mmm...intéressant....")

 

new!!

J'ai mis des années avant de tomber fin 2012 sur cette photo, qui m'a fait comprendre enfin ce que représentait la partie basse: c'est une femme-robot! C'est celle qui va avec les robes!

Je dois dire que sa position étrange rend assez obscènes certains angles de vues (CF photo précédente).

Mais le public du salon de l'auto étant plutôt masculin, après tout, pourquoi pas.

 

 


Mais prenons un peu de recul sur cette oeuvre.

Voici les premiers indices sur le remplissage des espaces automobiles: deux 2cv et deux ID.

 

La 2cv de devant est une AZL bleu glacier AC606 (une teinte introduite en Septembre 59).

On constate aussi la présence d'une antenne radio destinée à montrer la nouvelle option "Radioën".

 

 

 

Un détail concernant la robe du mannequin a pu vous échapper sur la photo ci-dessus (que vous pouviez zommer).
M%ais regardez bien le motif.

Oui, c'est bien du helanca. Nous y reviendrons.

 

Voyons les autres voitures présentées.

Nous pivotons en gardant en visuel une des ID et la 2Cv Radioën, et nous repérons alors une DS toute noire, puis trois autres berlines et deux breaks.

Sur la plaque de l'ID à gauche de la DS toute noire, je lis "CONFORT".

Je suppose que l'autre ID que nous avions vue étant sans doute une ID "LUXE".

 

Cette vue-ci, prise à l'opposé, nous éclaire un peu sur la voiture isolée, celle sur le stand "1ère à Monte Carlo".


La voiture qui y est exposée semble foncée à toit noir, elle me fait penser à la DS rouge Estérel qu'on retrouve assez souvent dans les photos presse de cette période (ci-dessous la fameuse photo prise aux Andelys).

Ca semblerait très logique, la teinte rouge Estérel étant une nouveauté de ce millésime 60.

 

On voit aussi une voiture dans une harmonie apparemment similaire sur cette photo du 9 Septembre 1959, au pré Catelan. La 2Cv Sahara y fut présentée comme un modèle du salon, mais elle ne fut pas ensuite présentée au grand Palais.

 

Pour en revenir à la vue générale du salon 59, la DS toute noire, au centre est sans doute une DS Prestige, peut-être avec radio-téléphone, je vois des antennes.

Curieusement la voiture à gauche de la DS noire a un grand volant blanc et n'a pas d'ailes cendrier. C'est donc une ID, même si, au niveau cohérence, je ne m'attendais pas à voir la DS Prestige entourée de deux IDs.

 

Dans la corbeille, en face du stand Citroën, ce sont des Dauphines qui tournent comme sur un manège, démonstration plutôt naïve de leur tenue de route due à leur nouvelle suspension soi-disant "aérostable".

Laissons-les à leurs singeries qui ne trompent personne. Ce qui nous intéresse est la vue du stand Citroën, en haut de la photo.

Repérez la DS claire à toit noir.

 

.. la revoici dans l'autre angle.

C'était donc bien une ID confort à la droite de la DS Prestige, puisque c'est écrit dessus.

 

Pour deux photos seulement, hélas, on passe en couleurs.

En fait cette DS claire à toit noir est jaune panama (couleur appraue pour ce millésime).

Le reste des teintes est un peu tristoune, et leur identification n'est pas très facile.

Je pense à du Gris Palombe (couleur également apparue pour ce millésime) pour la première ID confort, puis un gris qui pourrait être un gris mirage, puis sans doute un marron glacé.

Bien sûr si vous avez d'autres vues en couleur du salon pour affiner ce premier diagnostic colorimétrique, je suis preneur. Ou même d'autres vues tout court.

 

 

On retrouve ici la séquence jaune panama/gris palombe/noir, et une des ID à 6 glaces, qui est en écaille blonde, ça ne fait aucun doute.

Par ailleurs c'est une familiale, on le repère à l'emplacement très reculé de la banquette arrière.

 
En fait c'est même marqué dessus.
 

Cette seconde photo présente le second modèle ID19F, c'est un break.

 

Là aussi c'est marqué dessus.


Je n'ai rien pour l'affirmer, mais il pourrait être bleu monte-carlo, car c'est la dernière teinte introduite au millésime 60 et qui n'est pas montrée sur un modèle du salon.

 

Pour ceux qui auraient du mal à voir les choses dans l'espace, voici donc une synthèse du stand.

 

 

 
Et voici la comparaison finale, qui reflète ma piètre maitrise de Photoshop car j'aurais bien aimé les coloriser!
 
Voici néanmoins une colorisation partielle faite par Mathias pour nuancierds.
 

II Les robes

Je vous l'avais promis, alors revenons un instant aux robes. Ici nous sommes sur la DS19 claire à toit clair, de couleur non identifiée, située tout au bout du stand.

Les deux robes sont en helanca.

 

 

Vous relevez les jolies petites broches sur le poitrail des jeunes filles: chevrons sur fond d'émail. Olivier possède l'une d'elles, c'est collector! D'après la légende, ce serait celle de la brunette de la photo qu'on vient de voir.

"Permettez, Mademoiselle, votre broche s'est dégrafée"

 

Nous voilà maintenant dans la familiale écaille blonde (avec probablement du helanca marron). Nous voyons d'ailleurs par la fenêtre, derrière, la voiture exposée sur le stand "1ère à Monte Carlo".

La robe du modèle est en tissu Labyrinthe (pour ID Luxe).

 


Ici nous revenons à la 2cv bleu glacier du départ (on voit le martien à tête de volant dans le fond).

Cette jolie blonde porte du Rhovyline.

 


Curieusement, aucune de ces diverses robes ne figure dans celles qui étaient sur le catalogue ID 1959 bien connu: Jacques Estérel avait du en faire une deuxième série "spécial salon"!

 

Par contre j'ai de beaux gros plans noir et blanc des robes du catalogue, que je vous avais déjà présentés dans ce Danchojournal format "Flipbook" que je vous invite à redécouvrir à l'occasion.

 

Ici 3 teintes de Helanca.

 

 

Helanca Gris

 

Helanca Vert

 

Helanca Bleu

 

Ici les deux dernières teintes de Helanca, pour lesquelles je n'ai pas la correspondance en noir et blanc.

 

Ensuite nous avons ceci, toujours sans correspondance noir et blanc.

La première est en Rhovyline bleu royal, c'est sûr.
La seconde est mouchetée. Je pense à du tissu labyrinthe bleu.

 

 

Quant à la dernière...je ne vois pas! ... un Rhovyline?
Mais aucun n'est de ce joli rouge brique?! Ceci dit, comme on ne reconnait pas non plus la teinte de la portière, je pense qu'on peut faire le pari que c'est le Rhovyline rouille, avec une couleur déformée sur la photo.

 

Une petite photo de la prise de vues du catalogue.

 

 

Et enfin, cette formidable photo, qui je pense vous plaira autant qu'à moi.

Je n'en connais pas les circonstances, mais elle nous prouve que ces robes ont aussi été exhibées dans d'autre cadres. Peut-être au pré catelan, en pré-salon?

Note de Mme Danche: espérons que les robes étaient doublées, sinon ces jeunes filles ont dû avoir la gratte après avoir porté un tissu aussi rèche que le Helanca....

 

   
 


Contrairement au salon, ce sont bien ici trois robes vues dans le catalogue.

On retrouve à gauche le modèle helanca gris qui fait des arabesques au niveau de la poitrine.
Celle du milieu est clairement la helanca marron et son drapé caractéristique.
Pour la troisième c'est moins évident. Peut-être celle en helanca rouge.

   

 


Mot de la fin

Tous ces efforts de décoration.

Toutes ces idées créatives et merveilleuses pour conquérir le public du salon, ce véritable festival de couleurs (qu'on ne peut hélas qu'imaginer sur les photos noir et blanc).

Toutes ces nouveautés: le break commercialisé pour la première fois, les ailes longues, l'introduction du divin helanca, les ailes cendrier, le Radioën...

Et au final: la video du verdict désespérant de la presse télévisée et des visiteurs (ne ratez pas la fin!).