Le crépuscule des idoles, par le Docteur Danche

Livrée aux regards attentifs qui la détaillent, la DS érigée trône, hautaine, majestueuse. Autour de ce totem des temps modernes, les indigènes du salon de l'auto se massent, un chapeau sur la tête, les mains pleines de documentations, émettant des cris gutturaux se voulant des avis éclairés.

Après ce salon viendra un autre. Paris, Francfort, Genève, Amsterdam, Turin, les destinations s'enchainent pour la DS Totem, les flashs crépitent, l'idole païenne est partout vénérée par une foule toujours renouvelée.

Puis un jour les lumières s'éteignent. C'était le dernier salon de la saison.
L'an prochain, la DS totem sera dépassée, elle aura pour le public un méchant goût de déjà vu: elle est has been avant d'avoir été, et cela sans même avoir fait un tour de roue.

Mais à ce stade, que faire d'elle? Peut-on détruire sans remords une telle icône? Ou alors, doit-on la stocker, pour une sorte de devoir de mémoire? Mais à quoi bon?

Alors, au final, que sont donc devenues les différentes DS Totem créées par Citroën?

Vous ne vous étiez jamais posé cette question?

Ca tombe bien, voici la réponse, et en 4 épisodes, s'il vous plait..


 


Episode 1: le Totem premier nez.

Une DS fusée est présentée dans le catalogue ID d'Octobre 1959.

L'idée est de mettre en valeur l'aérodynamique du modèle dessiné par le scupteur Bertoni.

C'est d'ailleurs un peu la même idée que l'ID sur ballons, elle aussi présentée sans roues.

 

Comme on le sait, cette DS a bel et bien existé en grandeur réelle. Elle fut révélée au monde fin 1957, lors de la triennale de Milan, la plus importante exposition d’Arts Décoratifs du monde. L'objet totem obtint alors un prix pour son design, la DS étant au fond reconnue par là comme une véritable oeuvre d'art.

Ici une photo peu connue de la préparation de l'objet sur son "pied d'hercule", dont la forme n'est pas encore définitive.

 

 
 

Et ici quelques photos plus connues du catalogue édité par Citroën à l'occasion de ce succès milanais.

 

On note une licence par rapport au dessin en couleurs sur le catalogue: il n'y a pas de jupe alu. Par ailleurs son pied à la forme devenue cocasse lui donne une allure d'oiseau des marais futuriste.

La voiture semble n'avoir ni intérieur, ni volant. C'est seulement sur la forme extérieure que l'on veut insister.

Ici des photos de presse plus nettes, qui vous permetront d'en admirer les détails.

Je ne sais pas où ni à quelle occasion ces photos ont été prises.

 

Ceci dit, je suppose que cette photo prélevée par mes soins dans un livre de Sabatès a été prise en même temps.

Grâce à l'indice supplémentaire du double chevron illuminé, ça devrait nous situer au 42 Champs Elysées, dont l'architecture semble correspondre.

Après la triennale, on voit ensuite la DS Totem début 1958 aux salons de Genève ..et d'Amsterdam

ici Amsterdam encore.

Curieusement les archives Citroën référencent ces deux clichés sous le nom de "salon de Copenhague", mais c'est bien le RAI d'Amsterdam (c'est l'ancien, celui d'avant 58; un tout nouveau RAI, avec une grande halle très lumineuse, ouvrira ses portes en 61)

 

 

Enfin, voici sans doute des photos prises lors de l'installation du totem à Amsterdam, avant le reste du stand, par le gars en imperméable et son pote.

Sur ces photos, on repère aussi un volant blanc que le totem n'avait pas à la triennale. On peut supposer que l'objet d'art éthéré de Milan s'était vu ajouter un volant (qui ne sert pas à grand chose sans roues, mais bon...), de façon à améliorer sa crédibilité sur des salons industriels.

 

En Juillet 58 on retrouve le totem à l'exposition universelle de Bruxelles (ici une video en couleur pour vous rappeler l'ambiance de cette expo), dans le pavillon français.

Elle n'est d'ailleurs pas sur un stand automobile, mais dans l'ensemble G (les industries et le commerce), section G (le charbon), Groupe 8.4: "utilisation du charbon".

Le charbon?!

Eh oui, consultons le catalogue de la participation française, p290:

"Le deuxième stand illustre les différentes et innombrables utilisations du charbon...[...]..De nombreux objets..[..] et notamment la plus moderne des voitures françaises, la DS 19, qui synthétise toute la carbochimie, puisqu'elle est un combiné d'acier et de plastique".

 

Le totem fait un passage au salon de turin (Novembre 1958)

Je relève aussi sur cette photo une DS dans la rare configuration spécifique 59, où pied milieu et panneau de custode sont assortis au toit.

Il est revu plus tard à la foire de Paris (Juin 59).

Son pied semble avoir été raccourci, et repeint en blanc.


On perd alors la trace de la voiture. Qu'est-elle devenue? C'est une question que je m'étais souvent posée: quel avait donc pu être le crépuscule de cette idole moderne des années 58-59? L'objet d'art inestimable avait-il terminé à l'état de cube, broyé par d'immenses mâchoires dans une casse de seconde zone?

Et puis, un jour, coup de théâtre: début 2012, on m'envoie d'Italie ces photos prises tout récemment au musée automobile de Fiat, à Turin.

Les paris s'ouvrent. Est ce la même, adaptée par la suite? Ou bien une copie?
Qu'en pensez vous?

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