Une visite du stand Citroën au 42ème salon de l'automobile, par le Docteur Danche

 

Nous sommes le 6 Octobre 1955, le salon de l'auto ouvre ses portes à Paris.

 

Le lieu du salon, depuis le début du siècle, est le Grand Palais, sur la rive droite, tout en bas des Champs-Elysées.

Cette année on s'attend à un énorme scoop du côté de Citroën, défloré depuis des semaines par l'auto journal.
On ne va pas être déçus.

On commence cette visite par deux videos.

Celle-ci est hyper connue, c'est un extrait du reportage d'époque sur le salon.




Et voici une seconde video que je viens de faire en rassemblant ce que j'ai sur les vues en couleur des premières DS.

J'espère qu'elle vous plaira, n'hésitez pas à aller la commenter sur Youtube, ça me fera plaisir!

(vous serez obligé d'y aller de toute façon si vous voulez la voir sur une tablette), voici le lien: Youtube

Je vous recommande aussi de visionner cette fantastique video des archives de Paul Mages.

 

Mais revenons dans la nef du grand Palais.

En fait, à ce tout premier salon qui lancera le mythe DS, trois DS sont exposées.

Hélas je n'ai pas de vue d'ensemble du stand Citroën.

Le première DS est verte.

 

Elle est sur un estrade ronde gravillonnée.

Cette photo inédite de ma collection nous précise son emplacement, près des grands escaliers.

Ceux qui ont suivi mon reportage sur le salon 59 situeront très bien l'endroit.

Elle semble avoir été utilisée pour des démos de valises comme dans le fameux Paris Match avec Gina Lollobrigida (ci-contre).

 

Ca donne l'impression que son vert est un peu différent du vert printemps, mais c'est difficile d'être affirmatif.

La deuxième DS est aubergine et elle est le long de l'allée séparant traditionnellement chaque année Renault de Citroën.

 

La photo ci-contre est particulièrement intéressante.

 

On y voit notamment que l'entourage des boutons est assorti à la caisse, donc en teinte aubergine. Ce choix esthétique sera proposé sur les toutes premières DS de série (la plus vieille DS survivante, la 32, est ainsi, elle a son tableau de bord aubergine), mais s'arrêtera très tôt, au cours du premier millésime.

Sur cette photo peu connue, l'amateur averti se délectera du double chevron de boite à gants qui ne sera pas retenu pour la série, des différents boutons qui n'ont pas leur forme définitive, et de l'absence de levier de commande de hauteur.

Et enfin, il y aussi au salon, naturellement, une troisième DS, la plus emblématique, celle qui est champagne toit aubergine, et qui s'exhibe, impudique, dans une corbeille dont le centre, garni de gravillons blancs, tourne lentement.

 

Si on n'est pas trop bon pour se figurer les choses dans l'espace, il n'est pas si évident de se convaincre, sur des photos prises dans diverses angles, que la corbeille tournait.

Mais ces deux dernières photos sont explicites, avec le repère du chemin.

A noter qu'aux salons suivants, 56 puis 57, il y aura là encore une DS claire exposée dans une corbeille.

On peut facilement les repérer les unes des autres, même si les confusions dans la presse spécialisée sont légion.

 

Au premier salon fin 55 (modèles 56), la DS est champagne toit aubergine, avec trompettes de Jericho et custodes aubergine.

 

Au salon suivant, le salon 56, c'est la même configuration, champagne, toit aubergine et custodes aubergine.

Mais la DS n'a plus les trompettes de Jericho, et un motif en étoile décore le sol de la corbeille.

Enfin, au salon 57, la DS dans la corbeille est désormais jaune jonquille.

Ce que l'on voit par contre nettement c'est que son toit est gris argenté, et que le sol de la corbeille est décoré tout à fait différemment.

Difficile de dire ce qui est au sol près de la DS. Des cailloux?!
On voit d'ailleurs bien, sur cette photo couleur du salon 57, que la jupe n'a plus la garniture alu des années 56-57.

Pour en revenir au salon 55, je souhaitais vous offrir (gratuitement!) ces quelques vues en couleur tout à fait exceptionnelles.

!
!!
!!!

!!!!

Ces photos ont été prises par Alex Tremulis, et je vous conseille la visite du site qui les présente, ici

On pourrait commenter le défaut d'alignement entre portière et aile arrière. Et sur l'une d'elles, dont voici une plus grande version, on voit bien le prix marqué sur le pare-brise!

D.S. 19
930 000F . . ..

 

En revenant au noir et blanc pour cette photo qu'on ne voit pas souvent, on distingue particulèrement bien le dessous de la jupe, qui est noir.

 

Ah mais attendez, je m'interromps, car voici le cortège présidentiel qui arrive.

Le convoi se stabilise près de la corbeille. J'adore la posture de Bercot se tenant la veste. Il se la pète grave!!!

 

Ici, un cadeau inestimable: une photo du salon en excellente définition (click droit sur la photo pour la charger).

Si vous la voulez pour un fond d'écran ou une contemplation, faites-moi un mail et je vous l'enverrai en largeur encore 4 fois plus grande, vous verrez c'est magnifique.

Je ne la mets pas en très haute définition sur le site car ça m'énerve de retrouver ça ensuite en vente sur ebay, imprimé par des gars sur leur HP, avec le commentaire "retirage numérique professionnel d'après l'original".

 


La DS aubergine est la moins connue de ce salon 55, elle sera aussi présentée par Bercot à René Coty.

"Vous voyez, Bercot, moi j'aurais mis du gris plutôt que du orange sur les sièges".

 

 

 

Un petit commentaire autour de cette photo peu connue du tableau de bord de la DS dans la corbeille: le bouton de starter n'est pas celui qui sera retenu pour la série.

A noter sur la photo un reflet assez comique du levier de vitesses sur l'indicateur de clignotant.

 

 

 

 

Toujours plus fort avec le lien vers cette vidéo d'archives INA qui attaque par la corbeille encore vide, puis les voitures en attente d'installation.

Voici l'exégèse par Mister Miouse de cette vidéo :

"Félicitations pour avoir retrouvé ces images d'archives, un régal. Qu'elles soient muettes n'est pas si important, car je doute que les explications nous aient appris quelconque information, seul le charme d'une voix "désuète"  d'une autre époque nous aurait charmé. Ce qui est (à mes yeux) le plus regrettable, c'est l'absence de couleurs.

Les premières images nous présentent 3 DS :

- Celle de gauche qui est une Champagne/toit aubergine et donc cornet de frites. Elle ne va pas être étudiée dans ce film, elle évoque celle qui sera présentée dans la fameuse corbeille qui est encore vide (voir la toute première image).

- Celle de droite, Aubergine/toit champagne et cornet de frites, jantes couleur rouille. C'est elle qui va servir à la démo des 3 contorsionnistes (identifiable grâce au mur rainuré).

- Celle qui est placée derrière l' Aubergine, est noire/toit noir et trompettes de Jéricho. C'est elle qui va être étudiée sous le capot et dans l'habitacle. Elle est reconnaissable de par sa plaque "1956 DS 19" et déjà connue de nos services de par l'inscription "IV" inscrite sous le capot côté gauche. Ci contre une photo complémentaire du compartiment de la IV (noire à toit noir).

Lors de cette étude où elle apparaît capot ouvert, la Champagne est placée devant elle, à la perpendiculaire.

Voici les détails qui m'ont apparu intéressants, sortant des sentiers battus :

1. Thibaude de capot recouvrant toute sa surface.

2. Dans la roue de secours bleu turquoise, absence logique de béquille de cric mais aussi du disque protégeant la vis centrale.

3. Béquille de capot de couleur claire.

4. Radiateur arborant la plaquette du fabricant, sans doute Chausson.

5. Témoin de niveau du liquide hydraulique différent de la grande série, ses 2 embouts sont de couleur claire (je l'ai ainsi sur la 32).

6. La plaquette d'indication des vitesses ne présente pas les classiques inscriptions 2,3 et 4 blanches, mais apparemment des traits sombres.

7. Au moment du passage en quatrième, le couvercle de vitesses vibre, défaut qui ne sera supprimé qu'en septembre 1961.

8. Intérieur des portes de couleur grise, en adéquation avec la robe extérieur noire.

9. Les cabochons de feux  arrières de la DS Aubergine ont bien les éclaireurs de plaque chromés, comme la célèbre Champagne de la corbeille .

Il ne vous a pas échappé qu' hormis la classe de ces chères DS, nous ne pouvons rester insensibles à l'élégance des nénettes sans Nénette (elles utilisent des peaux de chamois)."

 

Ici une jolie photo de la DS dans une configuration proche de celle qui sera dans la corbeille du salon (la différence se situe au niveau du panneau de custode, du clignotant et du pied milieu), prise dans l'espace rectangulaire gravillonné visible sur la video.

 

C'est aussi la même harmonie que celle qui sera sortie pour le shooting avec Francine Breaud
(voir cette autre page de la Danchyclopédie)

Et enfin, j'ai ces 3 photos.

On reconnait très bien de nouveau l'espace gravillonné.

 

 

 

Peut-être celle-ci est-elle la même que celle de Paris Match, pour les photos avec Gina Lollobrigida. en tout cas elle lui ressemble bigrement.

 

Et pour aller au bout des choses, où donc est situé cet espace gravillonné?

Ecoutons le Dr Estipallas, qui a réagi à cette page:

 

Cher Dr Danche

En parallèle du Salon 55 dont tout le monde parle encore, il y eut une autre exposition, plus intimiste, plus élitiste aussi qui marqua moins les esprits. Ces photos en sont les témoignages.

 

Reprenons.

4 octobre 1955, 1h30 du matin : Serge Guyard, responsable du lancement et futur patron de la deuxième finition à Javel, livre au magasin des Champs Elysées quatre DS19, les n°7, 13, 14 et 19 (cf Les hommes de la DS)

O. de Serres mentionne que cette exposition, réservée à clients sélectionnées et aux administrations, met en scène trois DS19, « grise toit turquoise, vert à toit blanc et enfin une toute noire » (le grand livre de la DS).

Nb: on peut se demander pourquoi on ne parle plus de la 4ème ? En tout cas la video INA la montre probablemen aubergine à toit champagne.

Pour préserver la confidentialité les 4 et 5 octobre, les vitrines du 42 sont occultées par de lourdes tentures, celles que l’on distingue sur la photo de la gris rosé.

 

Borgé & Viasnoff (L’album de la DS) écrivent ensuite : 4 octobre, 20h00 au magasin d’exposition des Champs Elysées : Pierre Bercot présente la voiture à quelques gros clients (PDG, administrations etc) Au moment de fermer les portes du hall, il dit au gardien : « Faites donc entrer les cinquante personnes qui font la queue dehors ». Parmi ceux-ci, un journaliste suisse. Fou de joie, celui-ci ne peut s’empêcher de crier : « quelle tête ils vont faire à Berne, quand je leur dirai demain que j’ai vu la DS ! »

Encore plus fort : C-A Sarre raconte dans ses mémoires que, alors tout jeune vendeur chez Citroën, il avait justement été affecté au 42 durant la semaine du salon, et nous livre des anecdotes incroyables (voir ci-contre).

J’ai par ailleurs lu il y a longtemps le récit de concessionnaires provinciaux racontant être présent à cette exposition, en être sortis fort tard et un peu éméchés….

 

Conclusion : En parallèle du salon, quatre DS19 furent présentées au magasin des Champs Elysées à partir du 4 octobre, et y sont restées pendant la durée du salon. Au moins les deux premiers jours, l’exposition des Champs était réservée à des invités de marque. On comprend donc aisément que la présentation aux journaliste y ait été réalisée (video INA), soit en avance de la présentation, soit dans un cadre moins brouhaha-esque…

Les véhicules de vos archives ne sont par ailleurs donc pas celles du salon mais les n° 7, 13, 14 et 19. Et d’ailleurs, quels étaient les numéros de celles du salon ?

 

 

PS : veuillez noter que la présence du « mur rainuré », en fait les ouïes de chauffage, est caractéristique du 42 des années 50-60, de même que l’ombre de l’encadrement de vitrine que l’on aperçoit au début du film de l’INA, comme on le constate sur cette photo issue d’un très bon site que je vous recommande (prudence toutefois, il s’y niche quelques erreurs)

 


Et enfin, quelques photos supplémentaires du shooting de Paris Match.