Un mois, un garage, par le CESCQUAL

Les Ets Domingue, succursale Citroën à Pau

Nous sommes cette fois en pleine zone industrielle, route de Tarbes, à Pau.

Il y a encore peu, on y voyait les Ets Domingue, garage Citroën comme il y en a beaucoup...

Mais l'endroit est désormais abandonné.

Pourquoi est-ce que je vous montre ce vestige de zone industrielle?

Tout simplement parce qu'à l'époque de la gloire de la DS, dans les années 60, les Ets Domingue étaient à la pointe du progrès!

Regardez donc la modernité de cette concession!

(notez les petits murs de pierre sur les côtés du bâtiment qui permettent, pour qui en douterait, de se convaincre que c'est bien le même endroit)

Alors, l'architecture des zones industrielles années 60, bonne pour la casse?

Le Cescqual rentre dans le débat: que faut-il penser de ce type de bâtiment?

 

L'avis d'Ivan (esthète réactionnaire)

Comment enlaidir un bâtiment...

Autant le bâtiment est relativement épuré sur les photos N&B, autant il ne ressemble plus qu'à un entrepôt genre Bricomarché ou Foirfouille sur les photos couleurs.

 

L'avis de Jérôme (ennemi de la demi-mesure)

En soi, cette architecture ne propose rien d'intéressant. Ce qui est intéressant en revanche c'est le style épuré de l'époque des années 60, la façade est très bien composée, équilibrée, bref très étudiée. Chaque chose est à sa juste place, les ouvertures, les baies métalliques, la signalétique dotée d'une police de caractères très élégante. Ce garage montre bien la médiocrité des architectes qui bien souvent, sous prétexte de modernité, ne font que nuire à la pureté des bâtiments... et toujours la même signalétique dégueulasse et foutue n'importe comment, vraiment c'est à croire qu'ils font exprès!

On me dit [ND DrD: Jérôme fait ici référence aux propos de Régis à propos du garage de Cloyes] qu'il est impossible de refaire à l'identique les huisseries à fine structure métallique, sous prétexte de double vitrage... On croit rêver et bien entendu, c'est un architecte qui affirme cela! Lundi matin première heure, pelleteuses et bulldozers !!! Foutez moi d'abord ce truc en l'air, on préviendra ensuite l'Architecte des Bâtiments de France !

 

L'avis de Régis (Architecte des Bâtiments de France)

Ce garage est l'illustration de ce que je combats chaque jour dans mon métier: l'enlaidissement, la banalisation, la suppression d'éléments caractéristiques et identitaires... En soi, ce garage était bien dessiné: proportions élégantes, rapport pleins vides équilibré, menuiseries très fines, enseignes agréables (je suis d'accord avec Jérôme!)... etc. Enfin bref, je passe devant, et j'ai forcément envie d'acheter une nouvelle voiture.... et aussi regardez la qualité architecturale de cette simple station service, avec sa vitre courbe.....

Et puis vient l'ère de la consommation de masse, et finalement, le garage doit ressembler au Mammouth du coin (pour les plus jeunes d'entre vous, c'était le Carrouf de l'époque!!), pour acheter une Peutroën en plastique... donc on habille cette façade d'une piètre véranda (comme à la maison) et d'un bardage métallique que l'on retrouve sur tous les garages Citroën du monde entier; c'est à croire que le client de base est con au point d'avoir besoin de retrouver les mêmes horreurs partout pour savoir qu'il est devant un garage Citroën!?

Et ça continue aujourd'hui: j'ai toujours les mêmes problèmes avec les garages: le blanc et le gris de Citroën (facile à adapter sur un immeuble d'un quartier historique!) et encore pire le bleu sombre de Peugeot, et le jaune de Renault....

Bon, pour conserver ce garage de Pau, il faut que ce soit réversible!? OK, il y a le mur pignon en pierres taillées typique de l'architecture des années 50, CF le relais-route de Rochepot par exemple:

Aussi la structure générale derrière le bardage (enfin j'espère), une ou deux menuiseries encore en place!? Mais j'ai l'impression qu'ils ont aussi supprimé des piliers à droite.

La restauration est donc bien difficile, et finalement, ce bâtiment n'étant plus que son ombre, je ne me battrai pas pour sa conservation, sauf si une résurrection est envisagée!!! (PS: Mr Jérôme, vous allez finir par avoir des ennuis avec l'administration!!)

 

L'avis du Docteur Danche (pousse-cailloux)

C'était vraiment beau dans les années 60.
Les photos Noir et Blanc ne permettent pas de l'affirmer, mais je pense que les lettres Citroën des Ets Domingue étaient bleu outremer, en conformité avec l'identité visuelle de l'époque..

 

On note que sur l'exemple ci-dessus, le rendu de l'enseigne est quand même assez différent de celui de Pau.

Tout simplement parce que seules les lettres étaient normalisées, et non leur écartement!!

Verdict du Cescqual: que faut-il faire de l'ex-garage de Pau?


A l'unanimité: on s'en fout!

 

L'avis de M Domingue

Quelques mois après l'article, M Domingue est tombé sur l'article, et nous a gentiment taquinés par mail en nous disant être très heureux d'avoir eu l'accord du Cescqual pour déconstruire le bâtiment.

Et il a aimablement transmis ces photos du bâtiment, construit en 1963 (1ère partie), 1970 (2ème partie) et déconstruit en 2016.

Mot de la fin

Pour finir, le témoignage stupéfiant de Marcello, un bûcheron spécialisé dans l'Epicea et amateur de DS, qui m'écrit ceci suite à la publication de l'article:

Alors là, quelle surprise en voyant les photos du Garage Domingue à Pau! Beaucoup de souvenirs en pleine figure en voyant ces photos! Il faut que je vous raconte un souvenir plus que croustillant de mon adolescence...Nous sommes dans les années 85, où la DS à 500 francs se consomme comme des Kleenex. Mon père, exploitant forestier en Béarn, avait toujours 2 à 3 DS d’avance au cas où...

Il refusait obstinément d’acheter un 4x4, pour son travail, et le mercredi, nous visitions les forêts, les coupes de bois avec la DS du travail...vive la position haute !

En exagérant que légèrement, il faut dire qu’il y avait une DS pour chaque utilisation.

- la DS du dimanche, pour aller acheter le journal et le pain, et les voyages,

- la DS break pour la marmaille (Maman ne la supportait pas cette voiture!),

- les DS en stock,

et la DS de travail…

En règle générale la DS de travail, n’était jamais lavée (pleine de boue, jusqu’au toit), jamais entretenue, pas une vidange, pas un niveau, bref une fois usée jusqu’à la corde, elle était stockée (On sait jamais pour les pièces…), et hop il piochait la suivante dans sa petite réserve... comme un amateur de vin descend à la cave pour chercher un bon millésime ! Hormis des IE, on a eu presque tous les modèles !

On le bassinait un peu sur sa méthode, et nous avions un peu honte (surtout quand il me déposait au lycée!) de l’état des voitures, pour le chef d’entreprise qu’il était….

Bref, on voulait une CX !

Un mercredi d’hiver, par une pluie diluvienne, nous rentrions d’une visite de forêt, avec la DS de travail, qui comme nous était plus que crottée. On passe donc devant les Ets Domingue, route de Tarbes.

Il était quasiment passé devant, qu’il donne un grand coup de frein, un grand coup de volant dans la cour du garage, pour s’engouffrer par la seule porte ouverte, ce jour-là : le hall des voitures neuves !

Il plante alors la DS qui dégouline de terre, dans le hall propre, on descend avec les bottes crottés, il me demande le suivre au hall des occasions, un jeune vendeur l’approche, lui demande ce qu’il veut, il bougonne un peu qu’on le laisse faire.

Toujours au pas cadencé, on passe les CX, il s’arrête juste devant une, attrape le responsable des ventes, lui dit qu’il prend celle-là et qu’il lui faut les clefs, pour partir là... maintenant !

- "Et le règlement ?"

- "Vous envoyez la facture à la maison... on me connaît !"

- "Et la DS ?...."

- "Je vous la laisse! Allez ! Au plaisir."

Et hop nous sommes partis aussi sec ! Voilà comment dans ce garage, sur un coup de tête, de hasard, de cœur... nous étions passé en 10 minutes, d’une  20 BVH crottée et rouillée jusqu’à l’os, à une fraîche CX 25 GTI !

Si nous n’avons plus la CX, qui a finie elle aussi en CX de travail, j’ai toujours le porte-clef sur ma DS !!!!