Un mois, un garage, par le CESCQUAL

Le siège de Citroën Italie à Milan

Nous sommes ici, viale Teodorico, à Milan, Italie.

On relève au passage un panneau indicateur vers Varese, la ville natale de Bertoni.

Normal: cet endroit est le siège de Citroën Italie.

... et ça ne date pas d'hier.

Laissons l'ami Ivan B, lui aussi natif de Varese, nous raconter l'endroit, inspiré par cet article:
http://www.riasc.it/citroen-in-italia-da-90-anni/

 

Citroën en Italie, une histoire bientôt centenaire

Depuis 92 ans, Citroën possède une résidence en Italie, à Milan plus précisément.

Loin des plages de la Riviera, le choix de la capitale lombarde s'explique moins pas par le goût de la villégiature transalpine, que par le sens des affaires du patron, André Citroen. La présence de Citroen en Italie ne concerne d'ailleurs pas seulement l'histoire automobile française, mais également celle de l'automobile italienne et même de la « bella macchina », puisque sur les fonds baptismaux de Citroen-Italie veille la flamboyante Alfa Romeo. Des Citroen rouges et sportives ? Pas tout à fait.

Le 5 août 1924, Nicola Romeo, fondateur de la marque homonyme, signe avec André Citroen le contrat de vente avec lequel il cède au Français un terrain de 55000 m², dont 20000 couverts, près de l'usine du Portello.

Moins de deux mois après, le 21 octobre 1924 très exactement, voit le jour la SAIAC, en d'autres termes la Società Anonima Italiana Automobili Citroën qui se donne comme raison sociale « la fabrication et le commerce de voitures automobiles et de camions, de carrosses et de tout autre type d'objet accessoire lié à l'industrie automobile en général ».

C'est ainsi que voir le jour une véritable usine de fabrication de voitures, même si la plupart des composants proviennent directement de Javel et sont ensuite assemblés sur les chaines de Milan. Après les travaux nécessaires à la nouvelle activité, l'usine est opérationnelle à la fin de l'année 1925.

L'établissement se veut exemplaire par sa modernité, tout comme son frère parisien : des chaines de montage dernier cri, de grands espaces lumineux et chauffés ainsi qu'une infirmerie et une cantine utilisée aussi bien par les ouvriers que les employés de bureau et avec le même menu : l'égalité à la française !

Les modèles produits sont sans surprise les 5HP et les grandes 10 HP, appelés en Italie Tipo 5 et Tipo 10.

En 1927 vient s'ajouter la Tipo 10C qui connaîtra un grand succès en Italie, amenant l'établissement Citroën du Portello à une cadence de 30 voitures par jour, en version torpédo, luxe et commerciale. En 1929 c'est le tour de la C4 et de la C6, qui en Italie prend le nom de Lictoria Sex, aux consonances bien dans l'air du temps du régime fasciste (je vous vois venir... je me réfère bien sûr à Lictoria, qui renvoie au célèbre faisceau licteur, symbole du régime et non pas à Sex… quoique de ce côté-là Mussolini s'en est toujours donné à cœur joie, mais je m'égare). C'est une Citroen Lictoria Sex sortie des usines du Portello en version Coupé de Ville, aux décorations en or massif et au style très XVIIIe siècle vénitien qui est offerte à Pie XI en 1929. Une voiture en odeur de sainteté, tout comme le Duce qui signe la même année avec Pie XI les accords du Latran, mettant fin à la question romaine et créant l’État de la Cité du Vatican. Ainsi en 1929 le Saint Père se retrouve avec un double jeu de clefs : celles d'un État tout beau tout neuf et celles, bien sûr, de la non moins flamboyante Citroen C6, pardon, Lictoria Sex ! Quant à celles du paradis…

En 1935 l'Italie doit faire face aux sanctions internationales liées à la conquête de l'Éthiopie par les troupes italiennes. Mussolini engage donc le pays dans la voie de l'autarcie : les importations des composants mécaniques en provenance de Paris sont interrompues et de ce fait l'assemblage des voitures n'est plus possible au Portello. En 1938 la SAIAC « s'italianise », du moins dans la forme et devient la SAICA (Società Anonima Italiana Costruzione Automobili). En août 1943, durant le bombardement de Milan, qui détruit les établissements Alfa-Romeo, l'usine Citroen est aussi gravement touchée. L'activité reprend en 1946, avec l'importation de la Traction avant. C'est donc tout logiquement que la DS fait son arrivée en Italie dès 1955 et surtout à partir de 1958, avec l'introduction du Marché Européen Commun (MEC) et la baisse consécutive des taxes douanières. Les ventes de Citroën retrouvent ainsi des jours meilleurs, jusqu'à rejoindre des niveaux jamais atteints par le passé. La 2CV et la DS profitent ainsi du miracle économique italien.

En 1968 la SAICA change de nom et devient Citroën Italie SpA, abandonnant définitivement l'activité de production automobile.

À vrai dire à Milan il ne restait plus, à cette époque, que la fabrication de moules pour les pièces mécaniques. Pour répondre aux nouvelles finalités de la société, désormais exclusivement consacrée à la vente, les anciens établissements sont démolis entre 1969 et 1970 pour laisser place à un bâtiment ultra moderne.

Celui-ci réunit les bureaux de la direction, l'atelier et le magasin de pièces détachées, ainsi qu'un vaste hall de vente donnant à la fois sur la rue Gattamelata et l'avenue Teodorico. Dans les années suivantes, d'autres aménagements voient le jour, comme le passage à l'identité visuelle blanche et rouge en 1985, ou encore, dernièrement, l'adjonction d'un point de vente Peugeot et un DS Store… sic transit gloria mundi.

 

1950

chantier 1969-1970

1980

2016

L'avis du Docteur Danche

Vous avez peut-être déjà vu le film de Visconti "Rocco et ses frères" datant de 1960?

Si vous regardez bien la scène vers la fin, vous voyez l'usine Alfa Romeo, et des DS au premier plan.

Eh oui la scène est tout simplement tournée sur le site Citroën dont il vient d'être question!

Et celle-ci était peut-être dans la rue ce jour-là!