Itinéraire d'un enfant du Sud-Ouest: sorties de fermes de l'Occitanie à la Catalogne, en passant par la Méditerranée.

Un jour, je reçois l'appel d'un inconnu sur ma ligne rouge secrète.

C'est un certain Jean-Pierre, il a l'accent chantant de Toulouse, il est dans la DS depuis une petite trentaine d'années, et il a eu ce numéro via quelqu'un qui s'était intéressé un jour à mon tissu helanca.

De fil en aiguille, nous sympathisons; manifestement, il s'y connait très bien en DS.

J'apprends que Jean Pierre n'a pas internet mais qu'il connait bien ce que je fais, car il consulte régulièrement mes pages chez un ami.

Et qu'il se permet de m'appeler aujourd'hui parce qu'il possède "la même voiture que moi, rouge Esterel".

 

"Qu... Quoi???" Articulai-je.

"Ouiii! Commeu jeu vous le dis, Docteure Dancheuu! Tout commeu celle que vous avez sortie de l'imprimeurie! Une autreu rougeu Estairelllle, toit blang, tissu helanca rouge! Touteu d'origineu! Commeu David Vincent, je l'ai vue il y a 15 ans, et je l'ai achetée puis je l'ai restaurée"

 

Ca semblait insensé.

Une autre DS rouge Esterel à toit blanc? La deuxième en l'espace de quelques semaines, alors que 15 ans de recherches pour nuancierds ne m'avaient amené que des DS rouge Esterel à toit aubergine?

Jean Pierre n'ayant pas vraiment de mail, on convient d'un envoi postal, et quelques jours plus tard, mi Décembre, je reçois une enveloppe égayée de timbres de collection: DS19, Alpine Renault A110.

A l'intérieur, une longue lettre manuscrite et un dossier de photos argentiques, allant bien au delà de la seule DS Rouge Esterel!

Et voici ci-dessous ma restitution de ces histoires de sorties de grange, pour partager ensemble ce moment suspendu qui a été mon plus beau cadeau de Noël!

 

 

La première DS (1990)

On est en 1990.

Sur une route sans issue à Saint Felix Lauragais, au bord d'un lac, un regard de Jean-Pierre se faufile jusqu'à la porte ouverte d'un hangar qui appartient au boulanger du coin.

Et là, il la voit, logée entre des sacs d'engrais: c'est l'épave d'une DS bleue. Au même endroit, il y a aussi une Mehari et les deux voitures sont sous une épaisse couche de guano et de poussière.

Le propriétaire des voitures n'est pas le boulanger, c'est un agriculteur; la négociation sera rude et c'est 15000 Francs qui seront demandés pour emmener la DS sur un plateau et la Mehari par le route.

 

 

La voiture, une 21 Pallas boite mécanique, bleu andalou à tissu bleu andalou préservé, rentrera ensuite en restauration (elle fera ultérieurement les 50 ans de la DS à Paname en 2005).

 

 

 

La voici, rénovée, champêtre, triomphante.

 

Mais au moment de cette photo, la machine s'était déjà emballée: le carrossier qui avait fait le boulot sur la bleue avait signalé à Jean-Pierre l'existence dans la région (à Chalabre) d'une très rare ID 1960 à conduite à droite.

 

 

La deuxième DS (1998)

L'épouse de l'époque de Jean Pierre voit tout ça d'un mauvais oeil. "Une deuxième DS? Tu plaisantes, pas question!"

Qu'à cela ne tienne, cette rare ID sera pour l'ami Michel 67 dont la femme, elle, partage la passion de l'automobile ancienne.

L'affaire est vite conclue pour 10 000F. Le lieu de résidence de l'ID est très exigu, ce sont des rues étroites, près d'un ruisseau, la sortie de grange sera épique (photos à suivre).

 

Après redémarrage, Michel viendra au final avec cette ID (déjà présentée sur le site nuancierds sur ce lien) aux 60 ans de la DS, en 2015, à Montlhery.

 

La troisième DS (2004)

En 2004, Jean Pierre est cette fois mûr pour passer à l'acte une seconde fois: tout en étant ravi d'avoir pu indiquer l'ID noire à son copain, il est resté un peu contrarié et frustré de ne pas avoir pu garder pour lui un modèle très ancien.

Il jette alors son dévolu sur une DS 1961, moteur et boite bloqués, mais bien stockée dans une casse auto à Carbonne (31).

 

 

La voiture sera restaurée au Club Idéal DS Côte Basque de Bayonne, pendant un an, sous la houlette de Pierre de Grenier, le président, dont on peut saluer l'expérience et la compétence.

Et cette DS est celle qui a provoqué la prise de contact avec le Dr Danche, car elle est exactement dans la même harmonie que la récente sorite de grange du bon Docteur: Rouge Esterel, toit blanc, intérieur helanca rouge!

 

Incroyable!

Par contre, à une époque antérieure, elle a été repeinte dans un rouge approchant, un peu trop framboise.

Le rouge Esterel, plu orangé, est en dessous!

L'album photo de cette DS (qui cherche un carrossier) est magnifique.

Un des rares jours de neige au pays..
Et ici on jurerait une photo d'époque!

La quatrième DS (2017)

On est cette fois en 2017, et Michel (celui de l'ID noire), repère une annonce dans les Pyrénées orientales d'une ID 62 sur Thuir, pour 5000€!

(Thuir est la ville où est fabriqué le Byrrh - au passage le curieux nom "Byrrh" vient de lettres qui avaient été lues par hasard à l'époque sur des coupons de tissu, anecdote spéciale pour le Dr Danche)

Mais quand Michel va voir la voiture de l'annonce, elle vient d'être vendue, dommage!

Pourtant, un mois plus tard, stupeur, cette même auto est à la revente, cette fois pour 15 000€!

Jean Pierre vient en DS21 pour rencontrer l'homme qui veut faire l'ignoble culbute, qui se présente alors à lui comme un amoureux fou des DS bleu andalou.

 

"Spécifiquement bleu andalou! Comme la vôtre, cher Monsieur, j'ai en fait sous les yeux le modèle de mes rêves!!"

Au final, le brave Jean Pierre finit par échanger, avec soulte, sa superbe restauration contre cette ID à redémarrer.

Et l'amoureux des DS bleu andalou a bien sûr revendu avec bénéfice le bijou de Jean Pierre un mois plus tard. Non sans avoir aussi soufflé un cabriolet sur Pau que Jean-Pierre avait eu la naiveté de lui signaler.

Eh, c'est que ce Stéphane G est un commerçant, pas un sentimental, voilà tout. Mais à lire son courrier, Jean-Pierre l'a encore mauvaise quand il repense à cette rencontre: il y utilise des noms d'oiseaux que je ne connais pas tous.

Détaillons l'album photo de celle-ci

 

 

 

Cette ID 1962 bien conservée est en teinte absinthe, mais très passée à l'extérieur.

 

A l'intérieur la teinte se reconnait bien.

Et les sièges sont d'origine et faciles à reconnaitre, 1962, vert thuya.

 

J'aime beaucoup aussi l'autocollant géant "allez US Thuir!"

Et l'immatriculation est fabuleuse: 1 EB 66

 

 

Cette immatriculation commençant par un 1 nous renvoie à la circulaire Poniatowski, ci-contre: avant 76, les numéros avant 10 étaient en effet atrtribués!

Après des recherches dans le pays, l'ID appartenait au préfet des Pyrénées Orientales en 1962!

Et Jean-Pierre a bien la carte grise d'époque, mais sans le nom du préfet, car la voiture a été revendue en 1965 à Lucien Sigayret, professeur !

 

 

Cette ID va faire l'objet d'une restauration soignée et viendra en principe à Chartres pour les 100 ans de Citroën.

On est impatient de la voir sur la route!