La DS du patron

Récupérée récemment pour pièces dans une ferme du Maine et Loire par Thibault, voici une DS21 millésime 1972, boite mécanique, Pallas, dans la peu courante configuration vert argenté/intérieur or.

 

L'expression habituelle est "véhicule pour restaurateur courageux".

Une autre façon de dire que la bagnole est cuite.

 

 

 

Les réactions des lecteurs de nuancierds.fr à cet article dans sa première version n'ont pas été tendres.

 

"heu, excusez-moi, Docteur Danche, mais d'habitude, vous nous montrez des voitures qui arrachent moins les yeux."

"Docteur, vous n'avez vraiment plus du tout de matière pour le site? Si vous voulez, j'ai des photos de ma 20 en partie pallassisée, ce sera quand même moins pire."

"Unsubscribe".

"Docteur Danche, vous êtes définitivement un gugusse".

"l'harmonie est certes peu courante, mais cette 21 est une gabegie".

 

Etc etc

 

 

Critique trop prompte!

Car cet article comprend en réalité une seconde partie, qui, elle, vaut son pesant, et qui rend fascinante cette DS21.

Il s'agit de la documentation accompagnant la voiture, et que Thibault m'a gentiment scannée.

 

 

On commence par le bon de commande, signé le 16 Juin 71.

 

Le client, M Garnier, garagiste, commande au concessionnaire Citroën de Laval (les Ets Brilhault et fils) une voiture dans une couleur pas encore sortie (le vert argenté apparait au millésime 72).

Le bon nous donne une date probable de livraison de ce millésime 72 à Juillet 71, ce qui confirme qu'il était potentiellement possible d'avoir, avant l'été, des voitures du millésime suivant.

 

Ce bon de commande est donc déjà fascinant pour mon dossier sur les "couleurs de transition".

On y lit aussi au passage des options qui sont encore bien là sur la voiture:

- glace arrière dégivrante

- siège avant règlable en hauteur

L'accoudoir central a quant à lui disparu.


Etonnant d'ailleurs que ces "options" soient mentionnées, tout cela n'était-il pas inclus d'office dans la finition "Pallas", dont les seules options supplémentaires sont, dans le catalogue: appuie-tête, glaces teintées, pavillon vinyl et garnissage cuir.

Le réponse sera apportée un peu plus bas dans cet article.

C'est seulement le 3 Aout 1971 que la voiture est livrée, à Javel, à M Garnier.

Elle a le numéro de série 4 511 198 qui est, heureusement, bien le numéro figurant encore aujourd'hui sur la plaque de la voiture, et qui est bien dans le début de série des DS21M millésime 72, qui commence à 4 510 501.

 

Le numéro de série indiquant l'ordre d'enregistrement de la commande, en d'autres termes, environ 700 DS21M millésime 72 avaient été commandées avant elle, donc avant le 16 Juin.

Assez épatante, la carte grise provisoire, valide à compter du 3 Aout, date de livraison.

 

La carte grise définitive ne nous en apprend pas beaucoup plus sur cette DS21 SIE M ("DS Série M", que vous pouvez retrouver dans ce tableau des types mine), de 12CV fiscaux.

La DS21 est immatriculée le 16 Aout 1971, Henri Garnier n'a pas perdu de temps.

La facture de Brilhault, à Laval, ne revient pas sur les prix des options qui étaient dans le bon de commande, elles sont donc comprises dans le prix catalogue de la Pallas.

 

Sur ce point sur les options et l'écart entre le bon de commande et la facture, c'est Estipallas qui m'a décillé les yeux.

En fait le tarif applicable à la prise de commande de la DS21 de M. Garnier est le n°110, daté d’Avril 1971. Les éléments qui sont mentionnés sur le bon de commande sont rigoureusement conformes au tarif, sur lequel les sièges AV réglables en hauteur, le désembuage-dégivrage de lunette arrière et l’accoudoir central figurent bien sur la liste des options DS Pallas.

 

 

 

Comme le précise le bon de commande, ces prix sont toutefois indicatifs, les prix réels devant être ceux du tarif en cours au jour de la livraison. Soit le 3 Août dans le cas de la DS21 de Monsieur Garnier, comme le précise le BL de Moncassin.

Or à cette date, le tarif applicable est le n°112 du 1er Août 1971, où le siège AV-G réglable en hauteur, le désembuage-dégivrage de lunette arrière et l’accoudoir central sont devenus des équipements standards des DS Pallas

La facture des Ets Brilhault est correcte, à ceci près que sa date d’établissement, le 30 Juillet, aurait pu prêter à confusion sur la date réelle de livraison.

 

 

J'ai regardé l'adresse du garage Brilhault au 93 rue de Bretagne à Laval.

Ca ne correspond pas, à ce numéro c'est un vieux pavillon, la rue a du être renumérotée et comprend toute une zone commerciale dans ses numéros 200 à 300, au final je ne vois pas comment localiser l'emplacement de ce garage Citroën à Laval.

Par contre j'ai trouvé la trace de Citroën Brilhault quand il était en centre ville mais là on parle des années 20...

Et pour le plaisir, j'ai retrouvé l'endroit, le batiment est encore là, avenue Robert Buron

Mais revenons à la DS21 dont le dossier ne s'arrête pas là.

Des fiches consignent l'entretien de la "72 HP 53", jour après jour.

Car, et c'est écrit en toutes lettres, c'est la voiture du patron.

 

Et le 3/8 ce n'est en fait pas le patron qui est allé en personne la chercher à Javel: c'est un certain Patrick!

 

Et un mois plus tard, le 3 Septembre, c'est un autre employé, Albert, qui l'emmènera chez Brilhault pour la révision des 1000km.

 

 

Le plus fabuleux dans ce dossier c'est le nombre de lavages.

Eh oui, un garagiste, ça ne va pas se trimbaler avec une bagnole dégueulasse!

Quand on voit ce qu'elle est devenue aujourd'hui...

Vanitas vanitatum, et omnia vanitas...

Je lis un chamngement de "boules de suspension", et plus tard une intervention en Septembre 1980 sur le capot.

Il faudra aller "chez Jouault". Le peintre, peut-être?

Des housses sont posées à l'avant en 85, c'est un peu tard... Un autoradio apparait en 1987!

Mais ce sont les derniers feux.

Le fidèle Patrick, celui qui l'avait ramenée en 72 et se souvenait de sa splendeur, sera le dernier à l'entretenir.

 

le dossier s'arrête en Juin 1989.

La voiture a alors 17 ans.

 

Les vignettes sur la parebrise de la presque épave montrent que c'est bien cette année là qu'elle a été arrêtée.

Un feuillet supplémentaire garde aussi la trace des prix des pièces en Francs. Le capot a bien été acheté à Jouault, pour 250 Francs!

 

Et pour finir, un dernier document du dossier récupéré par Thibault: en Juillet 72, donc après un an d'utilisation et 9000km parcourus, Henri Garnier, garagiste, s'étonne sur sa consommation assez démente.

On apprend au passage qu'il tracte, et les plus curieux d'entre vous rechercheront la trace d'un attelage sur les photos des vestiges de sa bagnole...

 

Et voici la lettre et ci dessous, en pièces jointes, la notice de règlage qu'il reçoit!

Bonne chance M Garnier!

 

fiche carbu 1

fiche carbu 2