La DS Prestige, par le Docteur Danche


DS Prestige, qui êtes-vous?

La DS Prestige fut présentée en Octobre 58 comme le haut de gamme ultime de chez Citroën. Luxueuse au-delà du raisonnable, dotée d'une séparation chauffeur, ces modèles étaient finis à la main chez Chaproot, le fameux "couturier" automobile, surtout célèbre en réalité pour ses dentelles de chassis.

La DS Prestige ne trouva jamais vraiment son public, et l'on estime le nombre total d'exemplaires construits à moins de 500.


Un mot sur les finitions

Sur les premières Prestige, la banquette avant est en simili, tandis que l'arrière est en tissu (Rhovyline bleu ou gris, ou Helanca gris), s
ans doute un héritage des "Coupés de Ville" des années 20-30 (Hispano H6, Delage etc...), où le compartiment du chauffeur était à l'air libre, avec donc la nécessité d'utiliser pour lui du cuir pour résister aux intempéries.

Dans les années 70, on abandonnera cette élégance pour passer au "tout cuir", avant et arrière.

Précisons qu'à partir de l'apparition de la finition Pallas, en 65, cette option peut ou non être proposée sur Prestige jusqu'en 70. Par contre, toutes les Prestige seront obligatoirement Pallas pendant les années modèle 71 à 74.

Au-dela des sièges, relativement standard, chaque Prestige était assemblée sur commande spéciale, en piochant dans une longue liste d'options exotiques (climatisation, radio-téléphone, lève-vitres électriques, tablette de travail, vitres teintées..).

La clientèle de la DS Prestige

A l'époque de sa commercialisation, la Prestige n'était pas destinée aux patrons paternalistes qui serrent la main du chauffeur de l'ID, mais plutôt aux capitaines d'industrie qui se la pètent et remontent la vitre de séparation.

Par contre, de nos jours, la Prestige est plutôt la voiture des matuvus qui n'ont pas beaucoup de sens pratique.

En effet, l'infortuné (façon de parler) collectionneur qui a acquis une DS Prestige se retrouve dans les embouteillages au volant: il est donc dans la situation du chauffeur, et non de la personnalité convoyée. De plus, il manque cruellement de place pour ses jambes par rapport à un modèle DS normal (car la séparation empêche de reculer les sièges). Enfin, la couleur de caisse noire n'est pas idéale en cas de grosse chaleur, si vous voyez ce que je veux dire.

Finir seul au volant de sa DS Prestige, jambes repliées, ruisselant en marcel par temps de canicule, on fait mieux comme réussite insolente.

La DS Prestige est-elle un aspirateur à nanas?
Négatif. On lui préférera le cabriolet (réplique), ou, encore mieux, la sobre berline à intérieur Helanca mordoré. Grrr. oh toi!

Mais je m'égare, revenons maintenant aux détails des modèles Prestige.

 

Ici une vue "Danchotron" d'une intéressante DS Prestige 1960, une des premières donc.  
 

Et maintenant, voici le très rare catalogue USA de la Prestige (trois pages)

 

Et enfin, sur les modèles plus récents, nous allons détailler plus précisément les spécificités de la Prestige

 
 
Première caractéristique, un peu triviale: la Prestige est de couleur noire.



On en connait ceci dit une Bleu d'orient, une beige tholonet, et une autre grise. Mais elles restent des exceptions.

Sur quelques Prestige (mais pas sur toutes, loin de là, heureusement), l'ami Chaproot a marqué son territoire un peu partout.

Quelle suffisance extraordinaire, n'est ce pas?

La parallèle serait un écrivain qui dédicacerait son oeuvre à chaque page du livre, ou un goal qui saluerait la foule à chaque arrêt...


Le pire à dire c'est que sur la plupart des Prestige, les propriétaires ont rajouté après coup ces logos qui n'y étaient pas à l'origine.

Autant dire que l'homme de goût qui sommeillait en eux s'est profondément endormi.

Autre caractéristique: à l'avant, ce ne sont pas des sièges séparés comme sur DS classique, mais c'est une banquette. Comme dans les camionnettes, donc.
Une caractéristique essentielle de la Prestige est bien sûr la séparation chauffeur, qui consiste en un panneau comportant une vitre que l'on peut baisser par une manivelle.

La manivelle laissera place sur les modèles les plus récents à un commutateur électrique.
Chaque console de séparation est une pièce unique puisque chaque Prestige était finie à l'unité sur commande spéciale.

Ici on a l'heure (si je ne me trompe), et trois ou quatre boutons dont j'ignore absolument l'utilité.
Voici une version déjà moins prolo.

L'indispensable poste PO-GO.
L'éclairage à l'arrière est spécifique, en forme de boomerang.

Quand la Prestige est aussi Pallas (c'est souvent le cas), cet éclairage est un bon complément aux plafonniers Pallas.

A vrai dire, c'est le seul véritable "plus" de la Prestige à mes yeux;

(pas de photo) le rétroviseur est plus grand
les poignées arrière ont des serrures à clé (pour éviter de ne plus pouvoir accéder à la partie arrière de l'auto si la vitre de séparation est fermée).

pour une poignée saillante (photos ci-contre), cette serrure est similaire à celle d'une porte avant.

Par contre, pour une poignée plate, la serrure est intégrée à la poignée, comme sur une GS.
 

Dans la famille des accessoires à la con: voici les repose-tête arrière Sopalin, copyright Chaproot.


D'ailleurs, seules les Prestige avaient des repose-têtes arrière, qui peuvent par contre être de différents styles.

 

oui oui.. vous aviez malheureusement bien vu sur la photo précédente.
Et toujours dans le style "roi africain amateur de Citroën", voici maintenant l'intérieur cuir rouge...
   

Et pour finir ce dossier, je vous propose:

un reportage sur la DS Prestige de Franco

un shooting de la DS Prestige 1971, d'Enzo

un peu de tuning bien pensant sur DS Prestige 1959