Les phares des Citroën DS et ID
, par le Professeur Petriman

Un matin, au courrier, je reçus une pochette kraft qui sentait le Casanis et portait un mot manuscrit: "Mettez à jour au plus vite votre sujet sur les phares dans votre Danchyclopédie. J'en ai ras-le-bol de voir des phares boules sur des modèles confort 65 et des bi-iode sur des modèles 73. Ci-joints les éléments d'éclairage. Et lux fit".
signé: Prof Petriman.

Inutile de vous dire que ça n'a pas trainé: car l'heure n'était plus à beurrer les sandwiches.

J'ai donc remis en forme les notes dactylographiées et les coupures de journaux jaunies qui accompagnaient dans l'enveloppe cet ultimatum. Résultat ci-dessous.

Premier nez (1956-62)  

Les premiers phares des DS sont à cerclage en acier chromé, et sont indifféremment, selon les arrivages, des Marchal ou des Cibié.

Sur ID le cerclage de phare est peint couleur carrosserie pour les années modèle 57 et 58.

Ensuite le cerclage DS/ID devient inox.



Les toutes premières DS avaient des phares avec lampe à trois têtons (type Traction) et non standard, voir la photo.

Sur le verre il n'y a pas le code europeen (E2) dans un rond.

 

Ensuite, à une année que je ne connais pas, les lampes deviennent standard, et le E2 dans un rond apparait.

Les Marchal sont le modèle le plus courant.

On les reconnait aisément à leur joli écu central frappé d'un M.

 
Plus rares sur ces millésimes, les Cibié, avec un petit C au centre, et où l'on croit voir un Smiley dans le dessin général.

Ceux ci sont beaucoup plus bombés, et donnent de profil un effet globuleux proéminent assez comique.

 

En accessoire (et non pas en option), on pouvait acheter (certainement dès 1956, et pour les modèles jusqu'au troisième nez) des phares obus Cibié ou Marchal.

Pour distinguer à l'oeil les deux marques:

Les Marchal forment une légère casquette ou visière par rapport à l'aplomb du verre, qui comporte en son centre une sorte de têton. Voici les Marchal, on les voit surtout jusque 65.

 

les cerclages des optiques Cibié sont affleurant au verre, qui n'a pas de têton. Ils sont aussi un peu plus larges de diamètre (diamètre 150mm contre 120mm). Enfin leur corps est rectiligne et non légèrement courbé comme les Marchal. Voici les Cibié (sur une deuxième nez).

Vous l'avez compris, au final la règle est simple, c'est: Marchal = têtons. Et ce sont donc les préférés d'un bon nombre d'amateurs.

L'emplacement exact d'installation est laissé à votre libre choix. Toutefois la notice recommande de pouvoir continuer à pouvoir ouvrir le capot.
Au niveau du rendu, je ne suis pas fan, ça alourdit quand même la ligne. ...mais je comprends que l'on puisse aimer une fois éclairé!
En accessoirie, il y a d'autres montages de phares additionnels sur premier nez. Là encore je ne suis pas trop fan...
   
Deuxième nez (1963-67)  

Au moment de l'introduction du deuxième nez, le cerclage de phares change un peu de forme et de diamètre.

On a toujours en phares principaux des Cibié ou des Marchal, indifféremment.

Ici des Marchal Equilux (c'est marqué dessus!).

 

Manifestement il y a plusieurs variétés au niveau des inscriptions sur le phare. Ici je vois des chiffres sous Equilux.
On garde aussi la possibilité des accessoires Phares obus, Cibié ou Marchal, que nosu avons déjà vus.  

La Pallas (1965-67)

Cette finition apparait au millésime 1965 et possède en standard des feux additionnels.

La forme de ces phares additionnels (dits "phares boules") est très différentes des feux marchal vus plus hauts (dits "phares obus"). Par ailleurs ils sont à iode.

(une lampe à iode offre un niveau d'éclairement quasiment double par rapport à une lampe à filaments classique; l'ampoule n'est pas une ampoule type tête de Gaston Lagaffe: c'est un truc à picots qu'il ne faut pas toucher avec les mains...)

Document inestimable fourni par le Professeur Petriman, voici le gabarit pour monter précisément ces phares boule pour les Cibié; NB: les phares boule existaient aussi en Marchal).

 

 

Ici une petite suggestion si vous voulez sombrer dans le tuning.

L'année qui suit le lancement de la Pallas, ces phares boule à iode cessent d'être réservés aux seules Pallas: ils apparaissent au tarif Citroën n°96 du 30 août 1965 (pour les modèles 1966) à la rubrique Options (sous le nom de "Phares à iode"), pour break 19/21, ID et DS non Pallas, au prix de 130 F.


Donc, sur tous les modèles ID et DS non Pallas antérieurs au millésime 66, seuls les phares "obus" peuvent être d'origine, mais il s'agissait là non pas d'options, mais d'accessoires, au même titre que les Gras-du-luxe et autres butoirs Sacred.


Hélas, on voit malheureusement très souvent les phares boules sur des modèles pourtant intéressants...

Beurk.

 


La DS21 deuxième nez (1966-67)

La DS21 apparait au millésime 66.

les phares de la DS21 ont une spécificité: ce sont les phares "dynamiques": ils ne sont pas fixes, et bougent vers le haut et le bas si on appuie dessus avec la main.

En effet, ce sont des phares qui s'adaptent à la hauteur de la route, première génération: ils sont reliés à la barre anti-roulis arrière qui agit sur leur assiette en fonction de la position de la DS, par exemple accélération ou freinage.

Extérieurement, on ne les distingue pas des autres modèles. Il y a cependant une petite différence: le cerclage inox a son diamètre intérieur plus grand (d'environ 3mm) que sur pahres fixes; ce débattement permet au phare de basculer.

 

Troisième nez  

Avec l'arrivée du "troisième nez", les phares supplémentaires (précédemment en standard sur Pallas ou sur option sinon) deviennent standard pour tous les modèles, et ils sont intégrés sous une vitre unique avec les projecteurs principaux. La vitre est entouré d'un jonc (inox sur les AM 68 et 69, plastique ensuite).

Ce restylage est, au passage, un des plus réussis de toute l'histoire de l'automobile.

 

Si le modèle possède cette option (et nous verrons plus bas quels sont ces modèles), les phares secondaires auxiliaires (intérieurs) peuvent pivoter avec la direction, ce qui permet soi-disant d'éclairer dans les virages, comme dans la pub tribale bien connue de 1967: http://www.youtube.com/watch?v=ltNF5WpEvLI

Dans les faits, le dispositif ne fonctionne qu'en pleins phares, et quand on croise quelqu'un, en retirant les phares, cela coupe les projecteurs auxiliaires. On semble alors n'y voir plus rien tout d'un coup, ce qui est une expérience assez pénible.

Au final, ce gadget sert donc surtout pour frimer la nuit dans les rond-points.

 

 


En ce qui concerne les différents montages, il y a une légion de finesses selon les modèles, les années et les options: la combinatoire est élevée avec phares principaux fixes ou dynamiques (type DS21), phares secondaires fixes ou directionnels, phares (principaux ou secondaires) normaux ou à iode, ...etc

Ci-contre, voici un exemple d'option: une DSuper5 1973, option phares directionnels. Sur ce ***lien***, j'ai mis quelques autres exemples de factures comportant ces choix d'options.

 

Pour éclaircir le sujet, je vous ai préparé ci-dessous un petit tableau de synthèse pour décrire les différentes options.
Quelques points à noter:

- en sortie d'usine, c'était un "lot" fourni par l'un des deux fournisseurs: les 4 phares étaient, soit Cibié, soit Marchal, et la vitre était assortie, sérigraphiée selon le fournisseur du bloc optique: "CIBIE" ou "SEV Marchal".

- "DA" (pour "Direction Assistée") est mentionné dans le tableau, car avoir la DA était la condition sine qua non pour pouvoir accéder sur ID à l'option "phares secondaires directionnels". Cette condition n'était pas précisée sur DS, puisque sur DS, la DA était de série.

- Certaines options (ex: phares à iode) étaient acessibles sans avoir forcément la DA. Et certaines options étaient automatiquement groupées, selon des règles en apparence assez arbitraires. Ici un exemple du tarif 1969 pour breaks.

- suite à un questionnement de Jérôme, je précise que dans le tableau, le sigle " - " ne signifie pas qu'il n'y a pas de phare sur la voiture.
Ce sigle signifie que le modèle de phare est normal, c'est à dire qu'il est (selon la colonne) pas dynamique, ou pas à iode, ou pas directionnel.



Dans les grandes lignes, ce tableau nous montre que:

- sur les modèles type ID, on n'a pas grand chose en standard jusqu'à 1971. Un progrès dans l'équipement arrive en 72 (tous phares à iode et phares principaux dynamiques de série), puis 73 (direction assistée de série), seule la DSpécial restant au final une vraie ID dépouillée...

- Contrairement aux idées reçues, la DS19/DS20/DS21/DS21ie, si elle n'est pas Pallas, n'a pas toujours en standard les phares directionnels. Ils ne sont de série sur DS non Pallas qu'à partir de 1972.

- Avec l'AM 1971 apparait la possibilité pour les phares principaux d'être à iode. Et pour les années modèle 71 et 72, il y a la particularité des "bi-iode", dont une explication va vous être donnée ci-dessous.


Les "bi-iode
" (1971-72)

La note technique NT185-D, dont voici un extrait ci-contre, indique des modifications à l'année modèle 71 (Juillet 70) pour les phares, mais en des termes sibyllins.

Traduction du Professeur Petriman:

La principale nouveauté de cette année modèle 71 est la possibilité d'avoir (en option ou de série, selon les modèles, voir tableau), des phares à iode sur les phares principaux (les gros).

 

Ces nouveaux phares principaux à iode peuvent être Marchal ou Cibié.

Ils sont aussi appelés "kangourou", ou " bi-iodes", car ils possèdent deux ampoules à iode séparées, chacune ayant son propre logement (il y a un petit logement dans le gros, le petit fait office de "route", le gros de "code").

Les Cibié ont un petit cuvelage rond, celui des Marchal est plutôt rectangulaire. Ils sont équipés d'ampoules H1.

A partir de l'année modèle 73, les phares principaux deviennent à iode de série sur tous les modèles sauf DSpécial. Mais ce ne sont plus des "bi-iode", ils n'ont plus qu'une ampoule H4 (toujours sans compter la veilleuse).

 

 

Voici le "bi-iode" kangourou de chez Cibié. La tache jaune ronde supplémentaire en bas des bi-iode donne l'impression que la DS a une coquetterie à l'oeil!

(à noter qu'une DS brun scarabée avec ces phares c'est donc en principe impossible puisque le bi-iode s'arrête avant l'année modèle 73 qui voit apparaitre cette teinte...)

Et voici le phare à double cuvelage de chez Marchal, le modèle appelé "Amplilux".

On le distingue de loin du Cibié car la partie route des Cibié est parfaitement ronde alors que celle de ces Marchal possède comme une extension rectangulaire de chaque coté de le partie ronde.



Toujours est-il que ces Amplilux ont la réputation d'être totalement inefficaces en codes.
Enfin, pour être tout à fait complet sur le sujet des phares, je mentionne aussi le redoutable accessoire "phare sous jupe" des DS et ID troisième nez.

Le cas particulier de l'Italie

Il y a une petite finesse sur les Pallas, à lire ici.

 

 

Le cas particulier des Etats-Unis

les Américains imposaient des "sealed beams", où l'on ne peut changer l'ampoule seule: c'est tout le phare qui doit être changé.

Les phares aux normes USA étaient montés par l'importateur, à l'arrivée des voitures. Ici des Panhard attendant leurs sealed beams à l'antenne de Beverly Hills.
Ici un modèle "Sealed beam" possédant une partie métallique supplémentaire sur le pourtour du verre.

 

 

 

 

Sur les "troisième nez", la différence est encore plus nette. En effet, une autre règle US stipule qu’il ne doit pas y avoir plus d’une couche de glace entre le filament et l’extérieur.

Les phares des DS américaines n'ont donc pas de vitre, et comportent un genre de spot au diamètre de 140 mm pour les 4 feux. Il y avait plusieurs fournisseurs: Hella, GE, Wagner, etc... Quelle que soit la génération et le fabricant, ces phares éclairent de toute façon très mal...