la DS à boite automatique Borg Warner, par Paul

Introduction

Comme chacun sait, la DS fut lancée avec une boîte semi-automatique, appelée aussi boîte hydraulique eu égard à son système de commande. C’est là l’un des attributs les plus caractéristiques de la DS et démarrer en poussant le levier vers la gauche ou changer de vitesse la main nonchalamment posée sur le volant sont quelques-uns des plaisirs raffinés offerts par la conduite d’une DS.

Plus tard, la DS se vit également offrir la possibilité d’une boîte manuelle classique avec pédale d’embrayage mais, il faut bien l’avouer, ce dispositif ne saurait égaler la boîte hydraulique en matière d’agrément de conduite. Le plus de la boîte manuelle se situe surtout à partir de 1971 lorsqu’elle reçut un cinquième rapport permettant de faire baisser le régime du moteur à vitesse égale. Pour autant, cet avantage est un peu émoussé aujourd’hui par la limitation de vitesse et à 130 km/h, finalement, une « boîte hydro » suffit, le moteur tournant à moins de 4000 tr/min soit à peine les deux tiers de son régime maximal.

Cependant au début des années 70, il apparaissait que la concurrence, tant française qu’étrangère, proposait en option des boîtes totalement automatiques dont la DS était dépourvue.

C’est pour combler cette lacune qu’apparait l’option boîte automatique Borg Warner en septembre 1971, pour le millésime 72 donc. Elle n’est disponible que sur DS21 carburateur et injection puis à partir de 1973 sur les remplaçantes, DS23 et 23ie.

Elle sera signalée par le monogramme "automatique" en dessous des mongrammes habituels.

 

 


La technique

Nous ne décrirons pas en détail le fonctionnement de cette boîte, sujet trop complexe et un brin aride. Par rapport à la boîte hydraulique, les différences notables sont :

  • 3 rapports seulement au lieu de 4. Le troisième et dernier rapport est plus court que la quatrième d’une boîte hydraulique (32.7 km/h pour 1000 tr/min contre 33.3) d’où un régime moteur supérieur à vitesse égale.

  • Un convertisseur de couple remplaçant l’embrayage.

  • Commande par câbles. Singulier recul par rapport à la haute technologie hydraulique !

Sous le capot, tous les attributs de la boîte hydraulique (régulateur centrifuge, bloc hydraulique, etc.) disparaissent naturellement mais la boîte BW possède en revanche sa propre jauge à huile de radiateur d'huile de boite, accessible sur le côté de la roue de secours, en bas à droite sur cette photo.

Pour ce qui concerne le type Mine, les DS automatiques sont mises « dans le même panier » que leurs consœurs à boîte hydraulique. Il est donc difficile de savoir combien de DS ont reçu cette boîte. Peu en tout cas pour les évidentes raisons que nous allons voir plus avant.

 

De l’extérieur

Une DS Borg-Warner se reconnait uniquement à son petit logo "Automatique" en laiton brossé apposé sur le coffre, en-dessous du logo "DS21" ou "DS21 injection électronique". Même chose sur DS23.

Celui-ci me semble porter un peu trop à droite...


De l’intérieur

C’est évidemment le « levier  de vitesses » qui diffère. Il prend place à peu près au même endroit que son homologue pour boîte hydraulique.

Première différence visuelle qui saute aux yeux, le levier n’est pas chromé ! Tant sur les photos d’époque que sur les quelques DS Borg Warner que j’ai eu l’occasion de conduire, j’ai toujours vu un levier noir. Raison ? Suppression d’un reflet dans le pare-brise ? Mais dans ce cas pourquoi les boîtes hydrauliques auraient-elles conservé un levier chromé jusqu’au bout ?

Une hypothèse: l’applique du levier B-W mentionnant les positions est éclairée de nuit par un interrupteur commandant un lumignon que l'on voit sur la photo. La raison du levier noir et non chromé pourrait être d'éviter un reflet venu du lumignon.

Seconde différence, le levier ne se déplace que sur un seul axe transversal avec de gauche à droite les positions suivantes :

P : pour Parking. Boîte au point mort et roues avant verrouillées par la transmission

R : pour Recul ou Reverse in english. C’est la marche arrière (si, si !).

N : pour Neutre. Boîte au point mort mais roues avant libres.

D : pour Drive. C’est la position normale de marche, les trois rapports étant sélectionnés automatiquement en fonction de la vitesse et de la position du pied sur l’accélérateur.

2 : Même chose qu’en D mais la boîte n’utilisera que les deux rapports inférieurs.

1 : Boîte bloquée en première.

 

Mentionnons pour terminer que le levier n’actionne plus le démarreur comme sur une BVH. Une DS automatique se démarre à la clef uniquement comme sur une BVM.


Performances

Ne nous voilons pas la face, en termes de performances, la boîte Borg Warner met une méchante claque à la DS. Sur DS21 Injection, la vitesse de pointe perd 10 km/h, et le 1000 mètres DA passe de 33 secondes avec BVH à plus de 36 s. ce qui ramène la 21 injection pratiquement au niveau d’une DSuper ! En revanche la consommation fait un bond en avant impressionnant. A vitesse moyenne, la voiture absorbe aisément 2 à 3 l/100 km de plus.

Une plaisanterie avait même cours chez les commerciaux à l'époque, lorsqu'on les interrogeait sur la consommation de la B-W, les plus facétieux répondaient :
"21 l pour la 21, 23 l pour la 23".

Et c'était peut-être encore en-dessous de la vérité: à sa vitesse de pointe, une DS21 injection BW engloutit quelques 30 l / 100 !!!


Coûts

Au salon de Paris 1971, la DS21 injection BVH ou BVM était affichée 26108 frs pour la Confort et 28020 frs pour la Pallas. L’option boîte automatique était facturée 2500 frs soit une hausse de 9% sur une DS21 injection Pallas. Si l’on ajoute à cela la consommation digne d’un V8 américain et les performances en berne, on ne s’étonne guère que si peu de DS aient été livrées avec cette option. Parmi les quelques rares clients se trouvent tout de même un Ministre des Finances auvergnat, futur Président de la République.

Par la suite, beaucoup des boîtes Borg Warner équipant les DS montreront quelques soucis de fiabilité, plus il est vrai, faute d’un entretien adéquat. Il faut dire que ce dernier (vidanges plus fréquentes, nettoyage de certains filtres…) s’avérait plus délicat que celui d’une boîte classique.


Agrément de conduite

L’Auto-Journal, canard enclin à juger la DS avec un sacré wagon de mauvaise foi depuis « l’affaire » des années 50, résuma ainsi son essai de la DS21 injection automatique :

Qualités :

  • Passages automatiques très doux

  • Performances encore suffisantes

  • Conduite très facile en ville

  • Qualités routières préservées

  • Levier de commande bien placé

Défauts :

  • Forte augmentation de la consommation

  • Boîte à trois rapports seulement

  • Passages lents et incertains

  • Nervosité moyenne

  • Supplément important

On doit reconnaître que là, globalement, ils n’avaient pas tort.

Pour avoir à deux reprises conduit des DS Borg Warner, la conduite m’est apparue plus douce et coulée qu’avec une BVH. Mais, paradoxalement, j’ai trouvé que cette boîte « banalisait » en quelque sorte la conduite de la DS et que, finalement, rien ne valait la boîte hydraulique.

 

Regrets Eternels

D'après Borgé et Viasnoff, l'ingénieur Dascotte avait réalisé un bloc hydraulique commandé par électronique, ce qui permettait d'avoir une "BVH 100% automatique" et aussi d'avoir 5 rapports. Et même avec les 4 vitesses "normales" ça aurait été tout autre chose que la BW !

 

Un peu d'exotisme

Connaissez vous le "plan de dédommagement Borg Warner" et l'histoire de la DS BW en Australie? Courez sur ce lien.

 

Mot de la fin, par le Docteur Danche:

Paul a été vraiment sympa de prendre le temps d'écrire tout ça sur la DS à boite BW, qui est considérée par tout le monde comme un abominable veau, qui mouline dans l'huile et change de vitesses quand elle a le temps, et surtout très rarement quand le conducteur le désire.

Je finirai en citant André Costa, qui ne voyait aucun intérêt à cette version "à moins d'être amputé à la fois de la jambe gauche et du bras droit, cas heureusement fort rare".